Sophie Solo

 

Elle est étrange Sophie Solo (Sophie Rusch à la Ville). D’une étrangeté entêtante, attachante, surprenante. Chanteuse et comédienne, comédienne et chanteuse tout à tour, elle s’empare des chansons de Gilles, Damia, Yvette Guilbert, Allain Leprest, Michèle Bernard, Véronique Pestel, Anne Sylvestre ou ses propres compositions et vous les rend simplement, comme vous aviez envie de les entendre, sans les surjouer ni les contrefaire. Elle le fait à sa manière, une manière d’être sur scène qui même dans une réécriture parodique d’Aznavour sait encore tremper son personnage de Goudou comme ils disent dans une drôlerie qui n’appauvrit rien. C’est saisissant comme cette grande jeune femme un peu gauche s’approprie la scène. Qu’elle chante ou qu’elle parle, la voilà qui s’étoffe et se démultiplie, voilà qu’elle vous envoûte mine de rien, avec sa manière joueuse et sensible à la fois, avec ses modelés rieurs et ses accents tremblés. Elle a osé Barbara et elle a bien fait. Parce qu’elle n’est pas une diva on aurait pu le lui déconseiller. C’eût été dommage, car elle a trouvé des inflexions d’une sincérité inattendue, d’une justesse saisissante. Elle a le talent des grands interprètes qui n’imitent rien mais qui restituent tout. Jamais ostentatoire, elle possède avec clarté cette présence qui fait aimer les théâtres où l’on joue comme les théâtres où l’on chante.

Manon Pulver